08/05/2008
Tout et n'importe quoi
Voilà quelques mois, Mademoiselle Lou, par le titre trompeur alléchée, s’emparait victorieusement d’Un majestueux fossile littéraire de Mark Twain après avoir résisté à la tentation d’une dizaine de livres hors de prix (soit le lot quotidien d’un(e) livrovore). Si les couvertures de la collection folio 2€ jouent presque toujours les tentatrices par leurs couleurs et perspectives aguichantes, le contenu subit des variations d’une amplitude incontestable côté qualité. D’un côté, les récits excellents, les témoignages fascinants, les plumes subtiles, le tout pour découvrir sans risque de nouveaux auteurs ; de l’autre, des extraits par trop tronqués ou des nouvelles décevantes ne rendant pas justice à d’excellents romanciers. De Twain, je garde un très bon souvenir avec son Tom Sawyer (« il n’a peur de rien, c’est un Américain ; il aime l’école, surtout quand elle est loin… ») et son ami Huckleberry Finn. Je prévoyais de relire ces textes avec un regard nouveau, maintenant que je suis un vieux machin sur le point de terminer ses études, et lorsque mon regard est tombé sur Un majestueux fossile littéraire, j’ai pensé que l’occasion m’était donnée de redécouvrir Twain avec un texte différent. Mais quelle déception !
Trois textes inégaux composent ce recueil :
Un pari de milliardaires : deux milliardaires confient un bon de 5 millions de dollars à un jeune étranger sans ressources ni contacts à Londres. Si, au bout de 30 jours, il parvient à leur restituer ce billet, intact, après en avoir profité, l’un d’entre eux aura gagné son pari. Mais que faire pour ne pas passer pour un voleur ? Vivre à crédit en se faisant passer pour un millionnaire excentrique ?
De loin le texte qui m’a le plus convaincue. C’est sympathique, bien mené et, sans être une excellente nouvelle, ce texte nous fait passer un agréable moment.
La télégraphie mentale : Mark Twain donne une série d’exemples (interminable !) de télépathie. L’exemple le plus fréquent est celui de deux lettres qui se croisent et ont été écrites en même temps ; la question des inventions et le fait que bizarrement, plusieurs grands esprits se mettent à travailler sur un problème précis en même temps tient au fait que le premier à avoir eu l’idée transmet inconsciemment cette information à d’autres personnes qui elles, pensent être animées de leur propre volonté alors qu’en réalité, la paternité de l’idée ne revient qu’à une seule et même personne. L’idée que les chercheurs peuvent communiquer entre eux ou que leurs propres recherches sont influencées par des découvertes qui ont eu lieu précédemment et sont connues de toute la communauté scientifique n’est jamais évoquée.
Totalement inintéressant et soporifique lorsqu’on ne s’intéresse pas de près à ce type de phénomènes. Tout comme Michel, qui disait être excessivement rationnel, je suis restée complètement indifférente devant cette série de coïncidences et d’explications à mon avis tirées par les cheveux. Cela dit, j’ai trouvé un article intéressant faisant référence à ce texte de Twain : Le problème des intercommunications psychiques.
Un majestueux fossile littéraire : Mark Twain fait référence à un livre de médecine et explique que la médecine a connu une vraie rupture au XIXe. « Voilà pourquoi, sans doute, nous sommes actuellement une race de petits Mercure, aux talons ailés, fiers de leur émancipation – au lieu d’être restés, comme nos ancêtres, une race de cancres balourds, fiers de leur balourdise. » Ce pamphlet ne m’a pas vraiment convaincue non plus, sans doute parce que je ne connais rien à l’histoire de la médecine et ne suis pas capable de mesurer la véracité des propos de Twain : est-ce que la médecine n’a fait aucun progrès de l’Antiquité au XIXe ? A vrai dire, un simple coup d’œil à l’article de Wikipedia sur l’histoire de la médecine semble indiquer le contraire. C’est sans doute la propension à déclamer des vérités incontestables sur les médecins, ces « assassins patentés » qui m’a un peu agacée. En revanche, certains exemples bien choisis m’ont amusée, telle la saignée (pour mieux achever les malades) ou la définition de l’Arcane : « sorte de remède dont le mode de préparation et la remarquable efficacité sont tenus soigneusement cachés, pour en rehausser la valeur. Les chimistes entendent généralement par là une chose mystérieuse, immatérielle, impérissable, que l’homme ne peut apprécier que par l’expérience ; la vertu de chaque chose en effet est mille fois plus efficace que la chose elle-même. » Ou encore : « il n’est pas non plus mentionné à quelle maladie ce remède s’applique. »
Au final, deux textes ennuyeux et un livre dont le lecteur peut tout à fait se dispenser, à moins d’être particulièrement intéressé par les sujets mentionnés plus haut. A déconseiller à ceux qui ne connaissent pas encore Mark Twain. Par ailleurs, une courte introduction n’aurait pas été de trop pour comprendre dans quel contexte les deux derniers textes ont été écrits, d’autant plus que l’on pourrait penser à l’origine qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles. Etouffant un bâillement, j’ai reposé ce livre dans ma bibliothèque, dont il n’est pas près de ressortir.
Au passage, j’avais eu la mauvaise idée de l’offrir à Choupynette. Peut-être aura-t-elle un avis différent (you never know)…
Et n’oubliez pas Ptit Sushi, qui a aimé.
127 p
Mark Twain, Un majestueux fossile littéraire, 1893*
* The £1,000,000 Bank Note and Other New Stories, 1893 (je ne suis pas tout à fait sure que les autres textes se soient également trouvés dans ce recueil ; c’est cependant le cas pour l’édition française – début XXe).
05/05/2008
Premier roman
Chers tous,
Malgré un week-end bien rempli votre fidèle lectrice a trouvé le temps de s1toxiké pour accompagner dans son épreuve sa nouvelle amie d’un jour, Julie, accro aux sms. Julie, l’héroïne de Coline Lemeunier qui signe avec 1TOX son premier roman (prix de la fondation Bouygues Telecom 2008). Avant de chroniquer plus en détail, amis lecteurs, Miss Lou tient à remercier vivement Coline pour lui avoir envoyé son roman dédicacé la semaine dernière.
C’est donc tout émoustillée que j’ai entamé cette lecture croustillante. Enfin, si tant est que l’on peut la juger « croustillante » alors qu’il s’agit de la vie monotone d’une traductrice de 39 ans passant ses journées seule dans son appartement (pas de chat à l’horizon – quoi que), sa solitude parfois interrompue par des moments de vie sociale intense concernant principalement ses clients ou sa meilleure amie Clémentine.
Lorsque ladite Clémentine propose à Julie d’entamer une thérapie en envoyant tous les jours un sms dans lequel elle se lance des fleurs et s’auto congratule, elle est loin de s’imaginer qu’elle vient d’enclencher un engrenage infernal. Après quelques tâtonnements sur le clavier, quelques balbutiements technologiques et une série de questions hautement linguistiques, voilà Julie qui s’enthousiasme, qui s’anime et s’enflamme : désormais, plus question de laisser les petites attentions aux autres. Elle aussi recevra des messages, sera sur de nombreux répertoires et pourra consulter son petit écran pour guetter de nouveaux sms. Problème : personne pour lui envoyer des sms hormis Clémentine, bien trop pragmatique pour l’inonder de messages à longueur de journée. Mais à chaque problème il y a une solution. En l’occurrence, cette fois-ci les messageries automatiques (horoscope, météo et autres) feront l’affaire. Mais que faire lorsqu’elle s’aperçoit que les autres échangent et se lancent dans des conversations à battons rompus via leur mobile ? Comment trouver des compagnons de route pour entamer les journées autour du portable et somnoler la nuit, l’objet en question à portée de main ? Et, à trop se chercher, Julie ne risque-t-elle pas de se perdre un peu plus ?
A vous de découvrir ça à votre tour. Pour ma part, j’ai lu ce roman en deux jours à peine, emportée par le récit sympathique de ces amies frisant la quarantaine et cherchant à donner un sens à leur vie et à savourer le quotidien, entre crises de fou rire, petites déceptions et blessures mal guéries. J’émettrai seulement une petite réserve : la métamorphose de Julie est un poil trop exagérée à mon goût pour être vraiment crédible ; si le besoin compulsif d’envoyer des sms et certains troubles de la personnalité sont tout à fait compréhensibles, la mutation radicale de Julie m’a parfois laissée un peu sceptique. Pourtant, son histoire plutôt trépidante m’a vraiment amusée. Plus encore, j’ai été touchée par les personnages très humains dont le portrait sincère fait la lumière sur les petits tracas et les obsessions qui sont le lot quotidien de tout un chacun. Bref, une lecture très agréable et un premier roman qui tient ses promesses !
Merci encore à Coline !
287 p
Coline Lemeunier, 1TOX, 2008
23:17 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
02/05/2008
Du sang sur les mains
Chers z’amis lecteurs,
Aux tordus (un peu) et aux sains d’esprit (pas trop), encore plus à tous ceux qui mélangent le tout dans un souci d’équité, la présente note met à l’honneur un livre récupéré au dernier dîner livres-échanges (jeudi dernier) : Dieu et nous seuls pouvons, de Michel Folco.
Si après avoir pris note de la couverture, vous pensez encore que ce roman a quelque chose à voir avec la religion et une Lou qui se serait brutalement découvert des prédispositions particulières de ce côté, je réponds tout de suite : que nenni ! Si j’ai jeté mon dévolu sur ce livre dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, c’est bien pour son sujet atypique et l’histoire saugrenue : la vie d’une famille de bourreaux, de la fin du XVIIe (moment où l’illustre Premier a embrassé la carrière) au début du XXe, à l’aube de la première guerre mondiale.
Une sorte de biographie burlesque, en somme ? Pas tant que ça. Une horrible épopée, alors ? Non plus, car loin de s’enliser dans le macabre, ce roman est empli d’humour et, pour ceux qui craindraient un véritable bain de sang, sachez que la première exécution n’a lieu qu’au bout d’une centaine de pages. Amis lecteurs, n’hésitez plus : ce livre est fait pour vous !
S’inspirant du livre Le métier de bourreau de Jacques Delarue, Folco dépeint avec précision le portrait de Justinien Trouvé devenu Pibrac, jeune homme ayant troqué une place aux galères contre un échafaud et quelques ustensiles tranchants. Ce n’est pas tant sa carrière de « bourrel » que l’on suit que sa jeunesse et les sentiers qui l’ont inexorablement conduit à son nouvel état de « bras armé de la justice ». Cette première partie du roman s’achève sur une première exécution « réussie » et son installation officielle en tant qu’exécuteur de Bellerocaille, à la fois nanti et paria dès lors qu’il choisit d’embrasser l’(in)digne fonction.
La deuxième partie s’intéresse aux derniers héritiers de Justinien, alors qu’un décret de la fin du XIXe les a privés de leur gagne-pain en supprimant la fonction d’exécuteur départemental. On rencontre ainsi Hyppolite, dernier exécuteur de la lignée, personnage charismatique tantôt émouvant, tantôt inquiétant qui n’a de cesse de former ses enfants au cas où la charge retirée serait de nouveau à pourvoir. Tandis que son fils Henri, son épouse Adèle et leurs deux enfants prennent la route pour émigrer en Amérique, un terrible événement se produit : attaqués par un bande de brigands, trois d’entres eux décèdent. Il ne reste désormais plus que Saturnin, d’abord élevé par son oncle Léon, puis par son grand-père Hyppolite. Deux visions de la fonction s’affrontent alors dans la famille, entre l’ancien bourrel qui vise à redonner une légitimité à sa profession et le fils qui tente par tous les moyens de s’insérer dans la société en reniant autant que possible ses liens de parenté avec les Pibrac.
Avec cette étonnante famille, Michel Folco signe un roman historique passionnant, fourmillant de détails sur un métier peu connu, entre une histoire truculente et des personnages pour le moins détonants. En retraçant le parcours des Pibrac, l’auteur met en scène un obscur personnage souvent oublié, soulevant toute une série de questions d’ordre historique, politique et moral. Pourtant, si l’on peut difficilement traverser les siècles aux côtés de ces bourreaux sans s’interroger sur la façon dont ils abordent leur métier ou sur leur place dans la société, ce roman est avant tout une véritable épopée, faite de rebondissements et d’aventures de toute sorte. En particulier, Justinien Ier reste un mystère pour moi : son nez ayant été arraché à la naissance, il porte en permanence des nez de bois pour cacher ses traits défigurés. Or, aucune réponse n’est apportée à la question soulevée par conséquent : puisque l’enfant a été retrouvé abandonné, que pouvait bien avoir de particulier ce nez pour qu’on l’arrache ? Aurait-il trahi trop facilement un père ou une mère fautifs ?
Quoi qu’il en soit, charmant lecteur, entre les outils d’exécution soigneusement conservés et bichonnés par leur propriétaire, la collection de traités et essais relevant des hautes et basses œuvres, les cochons Victor et Hugo (particulièrement savoureux), une brassée de meurtres et une pincée de mystère, la famille au final diablement attachante des Pibrac ne laisse pas indifférent… il ne te reste plus qu’à te précipiter sur cet excellent roman !
D’autres en ont parlé avant moi : A Livre Ouvert, BouquiNet, Les Rats de Bibliothèque, sans parler de l’excellent article de Yodup. Il existe aussi un film, le Bâtard de Dieu.
310 p
Michel Folco, Dieu et nous seuls pouvons, 1991
17:22 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
01/05/2008
Pauline de Dumas
Juste un petit mot car aujourd'hui, le blogoclub de lecture publie ses critiques de Pauline de Dumas. Comme je suis totalement tombée sous le charme de ce roman gothique au mois de mars, je vous remets ici le lien vers mon article histoire de contribuer à corrompre les petits lecteurs inoffensifs ne connaissant pas encore ledit livre.16:05 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
27/04/2008
Un rafraîchissement ?
Cette semaine, pas de répit pour Mademoiselle Lou, dont l’agenda overbooké laissait peu de place à la lecture et encore moins à toute tentative d’intrusion de la part d’un quelconque auteur un tant soit peu sérieux. Place au léger, donc, et qui dit léger disait cette fois-ci Wodehouse, dont je me promettais de découvrir la prose so British ! depuis longtemps. Dans les transports ou quelques minutes avant de m’endormir, jusqu’à un samedi après-midi édifiant, ce petit cocktail tonique s’est bien prêté au jeu et m’a joyeusement accompagnée sans pour autant faire travailler mes neurones outre mesure. Je n’en demandais pas plus !
Wodehouse a ceci de reposant qu’il ne se passe pas grand-chose avec lui, hormis les mésaventures abracadabrantes d’un jeune héritier sympathique mais passablement stupide, qui :
- Apprend que Florence, jeune intello belle mais envahissante, a décidé de se fiancer avec lui, intimement persuadée de l’amour dudit héros (lequel n’ose bien sûr pas revenir sur ce léger malentendu pour ne pas contrarier sa promise) ;
- Tente de récupérer un collier pour sa tante Dahlia et vole malencontreusement celui d’une des invitées de la tante en question ;
- Cherche à éviter à moult reprises le futur ex futur ex etc fiancé de Florence, qui a décidé de lui briser l’échine en cinq morceaux (soyons précis !).
Epaulé de son fidèle majordome Jeeves, qui trouve toujours une solution à tout, Bertram Wooster (car c’est bien de lui que l’on parle) vit des aventures rocambolesques tout en cherchant à préserver autant que possible ses sorties au club, ses dîners chez Tante Dahlia et les petits remontants savourés en tentant de résoudre Le Mystère de la Langouste Rose.
Le tandem du majordome intello et de son employeur un peu lent du ciboulot fonctionne bien ; l’humour absurde à l’anglaise fait de cette lourde farce un moment de tranquille plaisir ; tout aussi caricaturaux les uns que les autres, les personnages secondaires valent à eux seuls le détour (avec une mention spéciale pour l’amoureux malheureux à la tête de morue pas fraîche, intellectuel incompris écrivant en cachette des polars pour gagner sa vie – ex : L’Affaire du beignet empoisonné).
Mais la Palme d’Or revient aux doux noms d’oiseaux abondamment utilisés par Wooster et sa tante bien-aimée lorsqu’ils s’adressent l’un à l’autre, avec un petit avantage pour Wooster et son humeur plus artistique :
- Côté Dahlia : « reptile » ; « espèce de goret demeuré » ; « espèce de cloche » ; « espèce de verre de terre » ; « crétin » ; « espèce d’andouille »…
- Côté Wooster : « vieille chair et sang » ; « vieille parente consanguine » ; « vieille ancêtre » ; « vieux tremble frémissant » ; « vieille chose » ; « parente âgée »…
Chez les Anglais il y a plus drôle et plus fin, mais le temps d’une courte pause, Wodehouse fait tout à fait l’affaire !
Extraits :
Number 1
Le festin, comme je m’y attendais, ne fit rien pour me remonter le moral. Tante Dahlia ne s’était pas trompée en affirmant que mes invités se conduiraient comme des enquiquineurs de première catégorie. L.G. Trotter était un petit homme à la tête de fouine, qui prononça à peine un mot pendant le repas parce que, quand il essayait, la lumière de ses jours lui intimait de la fermer, et Mrs Trotter était une robuste personne au nez crochu, qui parlait tout le temps, principalement au sujet d’une femme nommée Blenkinsop qu’elle détestait.
« Il est vrai que tout le monde dit que, même si tu as le cerveau d’une paonne, tu es la générosité même. » En fait, j’étais handicapé par le fait que je n’ai jamais rencontré de paonne, ce qui me rendait incapable d’estimer la qualité de l’intelligence de ces volailles, mais elle avait parlé comme si elles étaient un peu à court de matière grise, et j’allais lui demander ce qu’elle voulait dire par « tout le monde » quand…
Number 3...
Après tout, pensai-je, il n’y avait rien de bien hasardeux là-dedans. Il me suffisait de me procurer une échelle et d’y grimper, chose bien simple pour quelqu’un de ma sveltesse et de mon agilité. Pas agréable, bien sûr, de devoir sortir à cette heure de la nuit, mais j’étais prêt à le faire afin de ramener le rose aux joues d’une femme qui, au temps où j’étais au berceau, m’avait souvent fait sauter sur ses genoux, sans oublier qu’elle m’avait sauvé la vie la fois où j’avais avalé ma tétine en caoutchouc.
And Number 4 !
« C’est à n’y plus rien comprendre. Je ne vois pas du tout ce qu’elle vous trouve.
- Moi non plus. Tout cela est très étrange. »
247 p
P.G. Wodehouse, Toujours prêt, Jeeves ?, 1971
21:03 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
21/04/2008
Victorien, ce livre est pour toi !

Dear everyone, chers Vers de Livres en particulier !
Aujourd’hui est le D-Day où je vais révéler au grand jour mes talents artistiques insoupçonnés devant vos yeux ébahis. Amis lecteurs, il y a bien sûr un pourquoi du comment à tout cela : si mes créations étaient sagement tenues secrètes jusque-là (à juste titre, vous le voyez par vous-mêmes), ce n’était pas pour en faire étalage maintenant. Alors pourquoi tant de grâce me direz-vous ? Eh bien, bande de petits curieux, il se trouve qu’après une lecture coup de cœur j’ai décidé qu’il était temps d’ajouter à mes notes quelques symboles vous aidant rapidement à repérer mes coups de cœur et mes déceptions. Je vais donc instaurer un système d’étoiles très bientôt mais je n’ai pas encore l’échelle sous la main donc je ferai ça rétroactivement. En revanche, rien que pour vos beaux yeux, j’ai créé tout à l’heure ce magnifique cœur aux couleurs vives et aux subtils contrastes, non pour les réserver aux stylistes (envieux) les plus offrants, mais pour vous signaler du premier coup d’œil certaines lectures particulièrement renversantes. Nous commencerons donc (mais je vais intégrer ce sublime dessin aux notes antérieures) par un roman fleuve pas intello pour un sou, je dois bien l’avouer, La Marque de Windfield de Ken Follett.
J’ai déniché ce livre chez mes parents il y a une dizaine de jours et, horreur ! j’ai découvert qu’il m’avait été offert le 15 avril 1998. Soit presque dix ans jour pour jour. Décidant qu’il était grand temps de sortir de ma PAL ce roman qui me faisait toujours envie mais que je ne lisais jamais, je me suis plongée dans l’histoire sans trop savoir ce qui m’attendait : thriller ? policier classique ? roman historique ?
Comme vous le savez déjà, le mélange a bien pris et j’ai tout de suite été emportée par cette saga palpitante dont le déroulement est devenu mon principal sujet de préoccupation pendant quelques jours.
L’histoire : en 1866, Peter, un jeune élève de Windfield meurt noyé, vraisemblablement assassiné par un autre élève plus âgé, Edward Pilaster. Parmi les témoins, Micky Miranda, élève opportuniste hautement antipathique venu du Cordovay et sans le sou ; Hugh Pilaster, jeune cousin d’Edward bien plus intègre et sympathique, mouton noir de la famille qui sera retiré du collège le jour même suite à la faillite et au suicide de son père ; enfin, Tonio, petit rouquin de l’âge de Hugh et de Peter également venu du Cordovay. Faisant passer son ami Edward pour un héros ayant tenté de sauver Peter de la noyade, Miranda obtient les faveurs de la famille Pilaster qui croit Edward coupable. Dès lors ils deviennent inséparables et les Pilaster, de puissants banquiers, pourvoient aux besoins du jeune garçon. Fin du prologue.
Nous retrouvons tous ces personnages quelques années plus tard lorsqu’ils s’apprêtent à faire leur entrée dans la vie professionnelle, Edward et Hugh à la banque, Micky dans le corps diplomatique. Malgré son statut d’indésirable, Hugh est promis à un avenir brillant dans la finance tandis que son cousin Edward, mou et peu motivé, doit seulement son poste à son père et aux intrigues menées par sa mère Augusta. D’autres personnages prennent de l’importance à cette période : Maisie, jeune fille débutant une carrière de prostituée après avoir quitté sa famille ruinée par la faillite de Tobias Pilaster ; Solly Greebourne, fils héritier de Ben Greenbourne, banquier juif plus puissant encore que les Pilaster ; April, jeune courtisane qui partage une chambre avec Maisie.
Je ne vous en dis pas plus même si l’envie de ne m’en manque pas. Jusqu’à l’épilogue (1892), nous suivons pas à pas l’ascension et la chute des uns et des autres. Avec horreur et curiosité, nous découvrons toutes les manœuvres d’Augusta pour diriger la banque en manipulant les hommes de la famille ; nous nous attachons inévitablement au bon vivant Solly, personnage d’une générosité incroyable et nous tremblons à chaque instant pour l’avenir de Hugh, sans cesse menacé par les mesquineries habiles de sa tante. Le tout ponctué de quelques meurtres, saupoudré d’intrigues amoureuses, de secrets honteux, de paillettes et de charbon, comme il se doit pour faire une belle épopée victorienne ! Aussi invraisemblable que puissent paraître l’intégrité et la gentillesse de certains, la méchanceté et la ruse des autres, tous les personnages sont d’un réalisme surprenant, leurs portraits brossés avec précision et leurs caractères bien trempés. On aime, on déteste, mais aucun ne nous laisse indifférent.
Bien sûr, Ken Follett est un écrivain de thrillers et n’est pas particulièrement connu pour sa plume légendaire. Cependant, sans être un roman « d’auteur », ce livre est écrit dans un style tout à fait correct qui, sans être intéressant en soi, ne gêne absolument pas la lecture. J’ai relevé quelques erreurs de traduction un peu agaçantes mais peu nombreuses : une allusion à la Richesse des Nations d’Adam Smith (ici « Fortune des Nations », ce qui ne correspond pas au titre français) ; Maisie qui devient Daisie une fois ; ou encore quelques fautes d’impression ou de frappe. Cela dit, pas plus d’une dizaine pour plus de 600 p, donc rien de bien important – des corrections ont peut-être été apportées depuis, d’ailleurs, puisque mon livre a été imprimé il y a dix ans.
Au final, je conclus sur un vrai coup de cœur pour ce roman qui va de rebondissement en rebondissement e




















