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12/11/2006

Wilcox vs Schlegel : chroniques d'une mort annoncée

medium_howards_end.jpgPompes funèbres, fantômes et vampires. Voilà les débuts de ce blog. J’ai donc décidé de remédier à la morbidité croissante de mes chroniques et de faire appel à la douceur bucolique de l’Angleterre pour parvenir à mes fins. La recette du jour : Howards End de E.M. Forster (1910). Allez, hop ! Un petit plongeon et nous voilà à la fin de l’époque victorienne, entre Londres et la campagne anglaise. (Petit soupir d’aise)

Malgré mes bonnes intentions, je me dois de prévenir mes amis lecteurs : Howards End est une sombre histoire de rivalité entre deux familles. Il y a de la pluie (bon, je vous l’accorde, on est en Angleterre), des morts (finalement cette note semble mal partie pour s’éloigner des précédentes) et, pire encore, des tragédies. Maintenant que vous avez pu juger de la noirceur de mes dernières lectures, êtes-vous toujours prêts à suivre cette aventure victorienne ? Pour les quelques lecteurs qui me restent (… ah, il n’y a plus que toi ?), je continue !

Nous sommes à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Hélène Schlegel se rend à Howards End, petite maison de campagne des Wilcox, rencontrés brièvement lors d’un séjour en Allemagne. Hélène tombe amoureuse du plus jeune fils, Paul. Ils se fiancent et se séparent aussitôt. Mais ces fiançailles de quelques heures suffisent à jeter un vent de panique et à semer le trouble entre les deux familles. Les Schlegel, anglo-allemandes avant-gardistes et femmes émancipées, jugent les Wilcox peu dignes de la brillante Hélène. Les Wilcox, quant à eux, reprochent à la jeune fille ses origines étrangères et affichent un air supérieur de riches commerçants face à ces intellectuelles peu recommandables.

Pourtant, le sort les réunit à nouveau lorsque les Wilcox emménagent à Londres face à l’immeuble des Schlegel. Margaret, l’aînée, se rapproche alors de Mrs Wilcox malgré le fossé intellectuel qui les sépare. Femme dévouée sans opinion, Ruth Wilcox s’attache à Margaret et, lorsqu’elle tombe malade, lui lègue Howards End. A sa mort, les Wilcox décident de ne pas respecter ses vœux, la maison devant revenir à l’aîné. Ils n’informent pas Margaret.

A la suite de la mort de Mrs Wilcox, son époux commence lui aussi à entrer dans la vie des Schlegel et s’éprend rapidement de Margaret, malgré ses fréquentions artistiques jugées douteuses, ses opinions libérales et son impertinence. Il l’aide alors en la conseillant sur la situation professionnelle de Mr Bast, un de ses protégés. Suite aux conseils de Mr Wilcox, Leonard Bast perd un emploi stable et correctement rémunéré et se retrouve sans le sou, avec une femme à nourrir. Hélène Schlegel rend Mr Wilcox responsable de cette tragédie et lui voue une haine farouche. Malgré tout, Mr Wilcox demande Margaret en mariage. Celle-ci accepte, malgré les réticences de son jeune frère Tibby et le désespoir de sa sœur.

La déchéance des Bast conduit Hélène à faire irruption au mariage d’Evie, la fille d’Henry Wilcox. Margaret reproche à sa sœur de faire scandale et prend le parti de Mr Wilcox. Adoucie par les arguments d’Hélène, elle accepte cependant de demander à son fiancé de proposer une place à Mr Bast. Elle découvre alors qu’Henry a eu une aventure avec Mrs Bast, femme vulgaire autrefois rémunérée pour ses charmes. Margaret dit à sa sœur qu’ils n’aideront pas Mr Bast, sans en préciser la raison. Hélène disparaît. On apprend qu’elle a quitté l’Angleterre et refuse de voir sa sœur.

Quelques mois plus tard, Hélène se rend en Angleterre. Henry et Margaret lui tendent un piège et lui imposent un face à face. Sa longue absence est alors expliquée par son état : célibataire, Hélène est enceinte. On découvre que Leonard Bast est le père de l’enfant.

Ledit Mr Bast, rongé par le remord, décide précisément à cette période d’aller trouver Margaret pour prendre des nouvelles d’Hélène. Il apprend que les Wilcox se trouvent à Howards End et s’y rend à l’improviste. A son arrivée, une conversation animée a lieu dans la maison, car les Wilcox refusent de laisser Hélène porter atteinte à l’honneur de la famille. Charles Wilcox, le fils aîné, accueille Leonard Bast en le frappant du plat d’une épée. Mr Bast s’écroule, mort, victime d’un malaise cardiaque.

Charles, très sûr de lui, est traduit en justice et, à son grand étonnement, il est condamné à trois ans de prison pour homicide involontaire. Abattu, Mr Wilcox s’appuie sur Margaret et accepte de fermer les yeux sur l’état d’Hélène. Tous trois s’installent à Howards End. Hélène met au monde un petit garçon et Henry lègue finalement Howards End à son épouse, malgré le peu d’estime que lui portent ses enfants. Howards End marque la victoire finale des Schlegel dans cette lutte entre les deux familles.

Mon avis en demi-teinte : Howards End ne m’a pas totalement convaincue lorsque j’ai commencé ma lecture. Si le dernier tiers se lit d’un trait, les premiers chapitres m’ont causé quelques difficultés. Dans cet affrontement entre les tenants du conservatisme et ceux de la modernité, favorables à l’évolution des couches sociales et au vote des femmes, Forster a un peu forci le trait en rendant parfois ses personnages caricaturaux. Hormis Henry, qui sait parfois faire preuve de bienveillance, tous les Wilcox sont absolument antipathiques. Pas un trait de caractère pour nuancer un portrait accumulant tous les défauts : brutaux, limités, vains, pédants, cruels, indifférents, égoïstes, tels sont les enfants Wilcox. Ainsi, seuls les Schlegel sont attachants et, là encore, seule la complexité du personnage de Margaret m’a vraiment convaincue. Si Hélène est sympathique et brillante, ses excès libéraux et son manque de tact absolu la rendent parfois moins crédible.

Je reproche aussi à ce roman l’essoufflement rapide des premiers chapitres. L’histoire est parfois brutalement interrompue et l’on se demande si l’éditeur n’a pas oublié d’insérer quelques pages à ce volume aux transitions parfois un peu rudes. Enfin, les considérations semi philosophiques portant sur la modernité ou l’art alourdissent parfois le texte, en y ajoutant de longues tirades un peu fumeuses et peu convaincantes. Excès de pédanterie ?

Malgré ces critiques très personnelles et éminemment subjectives, Howards End reste à mes yeux une lecture agréable. Certains personnages gagnent en importance au fil du texte et l’histoire devient de plus en plus convaincante. Le choc des cultures et le fossé qui sépare les différentes couches sociales de l’ère victorienne sont au cœur de ce roman qui nous offre une vision incroyablement moderne de l’époque.

Commentaires

Bonjour ! Quel bonheur de voir quelqu'un qui a lu E.M. Forster :D C'est un auteur que j'apprécie infiniment. Ce livre n'est pas son meilleur selon moi, même si je l'ai beaucoup aimé. C'est vrai que Hélène est assez casse pieds parfois. Mais c'est, d'après moi, parce qu'elle représente les idées qu'a mis en elle Forster, et qu'elle doit les défendre avec acharnement et ce jusqu'à l'extrême. Dans un style assez différent, je me permets de te conseiller "Maurice" et "Avec vue sur l'Arno", qui sont excellents et très modernes également.

Ecrit par : Lilly | 17/01/2007

@ Lilly : merci beaucoup pour ton avis et tes conseils... promis, je les lirai bientôt pour découvrir un autre Forster !

Ecrit par : Lou | 17/01/2007

bonjour !

j'ai lu deux livres de Forster, dont l'excellent "route des Indes". je poursuivrai avec les nouvelles d' "un instant pour l'éternité", puisque j'ai le livre, et les ouvrages que vous citez.

je compte en faire un de mes auteurs de prédilection.

Ecrit par : grain-de-sel | 30/09/2007

@ grain-de-sel : je compte bien lire "maurice" et "avec vue sur l'Arno"... et pourquoi pas "la route des Indes", s'il est excellent? Merci pour ce conseil !

Ecrit par : Lou | 30/09/2007

"Avec vue sur l'Arno" a été adapté au cinéma il y a quelques années sous le titre "chambre avec vue" ; et si le genre démoralisant ne te fait pas peur, lis "le plus long des voyages" de Forster. Déprime garantie.

Ecrit par : Porky | 09/05/2008

je pousuis ma lecture de EM Forster avec beaucoup de plaisir : "Maurice", écrit en 1914 et publié seulement en 1971, est le récit d'un amour homosexuel, pudique sur les sentiments, et critique sur la bourgeoisie victorienne.

Forster était un intime de Virginia Woolf dans le cercle de Bloomsbury.

Ecrit par : grain de sel | 09/05/2008

@ Porky : il me semble que ce sont des films de James Ivory, n'est-ce pas ? J'ai prévu récemment de voir toutes ces adaptations dans le cadre d'un paper que je voulais soumettre... ce sera l'occasion de me replonger dans l'univers, même si je préfère découvrir le livre avant l'adaptation. Quant au "plus long des voyages", je ne connais pas ce titre... je vais donc maintenant fureter sur Internet histoire de me documenter.

@ Grain de sel : Je pensais justement opter pour "Maurice" pour mon prochain Forster, sans doute parce que le sujet est assez différent ce que j'ai déjà pu lire en littérature victorienne.

Ecrit par : Lou | 09/05/2008

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